Une seconde jeunesse pour la curieuse colonne Flagey


Campagne je parraine un artiste, Une bonne nouvelle au gré de la semaine / mardi, avril 7th, 2020

le 7 avril, par Diana De Crop

Vous qui passez sans me voir… aurait pu chanter la drôle de fusée jaune canari de la place Flagey.   C’est qu’elle a mangé son pain noir cette dénommée « Longitudi 1 »,  œuvre du sculpteur allemand Bogomir Ecker. Mal aimée, salie, tagée pendant des années, la voilà qui renaît aujourd’hui propre comme un sou neuf, resplendissante. Sous le ciel bleu de Flagey, on ne voit qu’elle! Nettoyée de ses graffitis, elle élance ses 13 mètres de coques et de cônes empilés les uns sur les autres dans un équilibre tellement léger qu’on les dirait superposées de guingois, comme un totem.

Une seconde jeunesse 

Les échafaudages enlevés, la voilà sortie de sa période de confinement comme si on la voyait pour la première fois.

Dès son inauguration en 2009, son esthétique avait  provoqué une certaine gêne, voire de l’embarras pour finir par ne plus la remarquer vraiment. Placée en bordure de la Place Flagey, du côté de l’entrée de l’école d’architecture de La Cambre, elle n’aurait pas dû se trouver là. Dans les plans de réaménagement de la Place, il avait bien été prévu d’y installer une œuvre artistique d’une certaine ampleur mais à l’angle de la place Sainte-Croix, face à l’entrée principale du café Belga. C’est après bien des palabres qu’il fut décidé de la déplacer à la demande de la Commune d’Ixelles.

Un cadeau d’anniversaire

C’est que le choix de cette œuvre d’art contemporaine n’a pas fait que des heureux à l’époque, un peu comme les fameuses Tulipes de Jeff Kotons à Paris, toutes proportions gardées et les sommes d’argent en jeu en moins… A Ixelles non plus, ni les habitants, ni la Commune n’ont eu leur mot à dire. La décision d’accepter le «cadeau » du Goethe-Institut et le choix de l’œuvre étant du ressort du Service régional Bruxelles Mobilité et de la ministre des Travaux publics. L’œuvre de Bogomir Ecker a été offerte, pour moitié (65.000 € sur un budget de 130.000) par le Goethe Institut,  pilier de la vie culturelle germanophone à Bruxelles qui célébrait ainsi ses 50 ans de présence en Belgique, et pour l’autre  par la Région bruxelloise).

Comme un grand mât devant le paquebot Flagey

Ce mât jaune de 13 mètres de haut percé de trous a été choisi pour son intégration par contraste dans la Place et pour sa forme et sa couleur en rappel à l’architecture de l’ancienne maison de la radio (INR), la bien nommée paquebot Flagey.

Ce cadeau d’anniversaire n’a pas été apprécié par beaucoup en 2009. Boudé par le public et les riverains, la Commune non plus non plus ne lui a pas fait bon accueil, d’aucun allant jusqu’à la juger «immonde».

Depuis, le temps a fait son œuvre et le drôle de grand mât s’impose sur cette place où l’Europe entière s’est donné rendez-vous. Il fait désormais bonne compagnie avec le monument à Charles De Coster du côté des étangs et le buste de Fernando Pessoa perdu dans ses pensées à côté de l’agence bancaire.

Un bel éclectisme qui pousse à la rêverie quant à la signification, la symbolique, l’utilité, la fonction et la valeur artistique des oeuvres et des monuments qui nous entourent. Et c’est heureux. Vive l’art !

             

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